Contexte 

La population sénégalaise bénéficie d’une espérance de vie moyenne de 65 ans, l’une des plus élevées en Afrique sub-saharienne. Le Sénégal est par ailleurs engagé dans une transition sanitaire qui modifie la hiérarchie des maladies. Un régime de forte mortalité dominé par les maladies infectieuses (diarrhées, paludisme, …) fait place à un régime de mortalité faible, où les décès sont principalement dus à des maladies chroniques (maladies cardiovasculaires, etc.). En raison de disparités en termes d’accès aux soins, d’équipement et d’assainissement, de profondes inégalités face au décès subsistent toutefois entre le milieu rural et les zones urbaines, ainsi qu’au sein des villes.

L’agglomération dakaroise, qui rassemble 50% de la population urbaine, fait face à une urbanisation rapide et peu maîtrisée, et les facteurs de risque pour la santé sont spatialement très inégalement répartis dans cette région. Les zones urbaines bénéficient généralement d’une moindre mortalité infectieuse mais d’une charge plus importante des maladies chroniques. L’urbanisation change notamment l’épidémiologie du paludisme, réduisant le risque de transmission par rapport aux zones rurales. Les facteurs de risque de maladies chroniques tels que l’hypertension et l’obésité connaissent par contre une prévalence plus élevée dans les villes. Dans les quartiers les moins favorisés, les populations les plus vulnérables peuvent faire face à un double fardeau, quand les maladies transmissibles et chroniques cohabitent. A ce jour, l’état d’avancement de cette transition dans les milieux urbains sénégalais reste toutefois peu documenté.

L’état civil à Dakar: une source des données insuffisamment exploitée

Lors des recensements nationaux de 2002 et 2013, l’ANSD a posé des questions sur les décès survenus au cours des 12 derniers mois et sur leur enregistrement à l’état civil. La complétude de l’enregistrement des décès s’est avérée très élevée dans la région de Dakar. 88% des décès y étaient enregistrés en 2013 (80% en 2002), contre seulement 30% à l’échelle nationale.

Objectifs du projet ASSESS

L’objectif spécifique du projet ASSESS (financé par l’Académie de recherche et d’enseignement supérieur en Belgique) est de mettre à disposition des autorités sénégalaises des informations sanitaires plus complètes, désagrégées et contextualisés sur les décès et leurs principales causes. Ce projet vise à introduire quelques innovations dans l’état civil dakarois pour en faire un véritable outil de planification sanitaire. Il s’agit de tester des méthodes de collecte sur les causes de décès dans les bureaux d’état civil, de mener une analyse systématique sur la mortalité dans l’agglomération dakaroise, et de documenter les inégalités de mortalité à l’aide d’analyses spatiales, en tenant compte de la grande mobilité des populations.